Société

Procès du Putsch de 2015 au Burkina : Le Général Gilbert Diendéré réquisitionne tous les Généraux de l’armée

Aucun général de l’armée ayant un grade égal ou supérieur au Général Gilbert Diendéré n’est disponible pour faire partie du tribunal. Tous les généraux de l’armée sont cités comme témoins  par le Général Diendéré et de ce fait ils  ne peuvent plus être magistrats dans ce procès. Ce qui fera dire à Me Guy Hervé Kam que le Général Diendéré est un accusé aux abois qui cite les généraux comme témoins afin d’éviter d’être jugé. Vous l’aurez compris c’est un procès tendu qui s’est ouvert ce 27 février à Ouagadougou.

Parking de téléphones

8H à la salle des banquets de Ouaga 2000. Dispositif sécuritaire important. Barrières de tous les côtés et militaires armés aux alentours en voiture ou arrêtés.  Des journalistes venus du monde entier filme l’arrivée progressive des accusés et des avocats.  Mais une grogne monte peu à peu. On ne peut pas passer avec son téléphone. Du coup, un parking de téléphone est créé pour ceux qui le souhaitent. Moyennant un ticket, vous confiez votre téléphone et vous pouvez alors passer les barrières. Mais les journalistes ne sont pas contents pour autant. Impossible de passer avec un enregistreur ou un appareil photo. Il faut les confier et accéder à la salle muni d’un calepin et d’un stylo.

Début mouvementé

9h25, début de l’audience. A peine le président du tribunal a ouvert la séance que Me Somé, avocat du Général Gilbert Diendéré, monte au créneau. « Nous sommes devant une chambre qui n’existe pas, monsieur le président », attaque-t-il. Les assignations du procureur militaire parlent de Chambre de jugement, alors que la chambre de jugement n’existe plus au Burkina.  Monsieur le président vous avez-vous-même été nommé comme président d’une chambre de jugement  et si la chambre de jugement n’existe pas alors vous-même vous n’existez pas. Sur quelle base pouvez-vous donc connaitre de cette affaire d’atteinte à la sureté de l’Etat ? Questionne Me Somé. Laissez-nous néanmoins  constituer le tribunal et nous pourrons alors examiner vos questions liminaires, ^plaidera le président du Tribunal. Après quelques échanges houleux, Me Somé consent à rejoindre sa place.

Gilbert Diendéré applaudi

9H41. C’est à ce moment que le président du tribunal commence la vérification de présence des accusés. Il commence bien évidemment par  appeler : Diendéré Gilbert, Général de brigade. Le Général répond « Présent » avec une voix forte et sèche.  Sa réponse déclenche des applaudissements  nourris. Le président du tribunal est obligé de rappeler le public à l’ordre. On ne doit pas manifester, ni pour, ni contre les accusés dira-t-il. Ce sera ensuite une litanie d’appels des accusés et à la fin on notera 04 absents et 09 déserteurs. Ce sera au tour des parties civiles d’être appelés. Elles sont représentées principalement par Me Guy Hervé Kam et Me Farama.  304 parties civiles seront appelées et 02 vont s’y ajouter séance tenante alors que 40 autres entendent s’ajouter au cours du procès. Cette vérification prendra fin à 10h55.

Pas de Général d’armée disponible pour juger Diendéré et Bassolet

11h00. Le greffier en chef procède au tirage au sort des militaires qui doivent composer le tribunal. En plus des juges civils, il faut 03 juges militaires au moins aussi gradés que les accusés selon la loi.  Le 1er tirage au sort donne le nom du Général Bayala Yiwa Brice. Mais ce dernier est éliminé car il figure sur la liste des témoins du Général Diendéré.  Le 2è tirage donne le Général de division Guiguemdé Tinga Robert. Il est retenu par le président.  Le 3è tirage donne le Général de Division Traoré Ali mais ce dernier est éliminé car il figure sur la liste des témoins de Diendéré. Me Nignan et Me Kam s’insurgent ; « C’est une manœuvre pour éviter d’être jugé » dit Me Kam.  «  C’est un plaideur aux abois qui met sur une liste de témoins la quasi-totalité des généraux de l’armée pour éviter d'être jugé », dira Me Kam, un brin en colère. La réaction de Me Somé avocat de Diendéré sera immédiate et le président devra intervenir pour demander plus de courtoisie dans les échanges.  Le 4è tirage donne le nom du Gnéral de division Kwamé Lougué. Cette fois ci il est récusé par un avocat de Diendéré qui explique : Kwamé Lougué a tenté de prendre le pouvoir  le 02 novembre 2015 à la RTB donc c’est un putshiste. A la suite de ces évènements il s’est foulé la cheville et son épouse a accusé Gilbert Diendéré d’en être responsable. De ce fait il ne peut pas être dans ce tribunal.

Retirer votre qualificatif de putschiste, demande le président à l’avocat.

Je le retire Monsieur le président ! S’exécute-t-il aussitôt.

Le président demande alors au Général Lougué : aves vous porté plainte contre le Général Diendéré ?

Kwamé Lougué : j’ai toujours considéré le Général Diendéré comme un petit frère et un subordonné. Je ne l’ai jamais tenu responsable de ce qui m’arrive. Non je n’ai pas porté plainte contre lui.

Néanmoins après concertation, le président décide de ne pas retenir Kwamé Lougué à cause des suspicions.  5è tirage, Général de Brigade Traoré Ibrahim. Il est récusé parce qu’il figure sur la liste des témoins de Gilbert Diendéré. Il n y a donc plus de Général disponible pour être désigné juge.

Suspension d’audience

11h40. Le parquet demande au président de prendre une ordonnance afin de permettre à des soldats de grade inférieur de pouvoir être choisis comme jurés.  A quel titre vous allez prendre cette ordonnance ? demande les avocats des accusés ? Me Somé souligne que la loi dit que c’est le président de la chambre de 1ère instance qui peut prendre cette ordonnance. Vous monsieur le président vous êtes de la chambre de jugement, qui n’existe d’ailleurs pas. Alors nous vous demandons de demander au parquet militaire de mieux se pourvoir pour que le procès puisse reprendre. Pour l’instant nous sommes devant un tribunal inexistant. Après quelques échanges, le président va décider de la suspension de l’audience. Il est 12H 15. C’est la fin de la première matinée du procès du coup d’Etat le plus bête de l’histoire.

14h30 retour de la suspension mais pour une courte durée. Les avocats de la défense décident de claquer la porte parce que le président du tribunal veut poursuivre en dépit des dispositions de la loi.  A 15h la salle se vide et les accusés détenus repartent sous les sirènes de la gendarmerie nationale.

Hermann Nazé 

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