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Ados et réseaux sociaux au Burkina : Sexe 2. 0 à haut débit :Ce baisodrome >

Des jeunes collégiens organisent des partouzes à Ouagadougou dans des villas de luxe où sexe et drogue s'échangent sans vergogne. Notre consoeur de l'Observateur a réussi à intégrer un groupe et voici son reportage.

Le samedi 21 juillet 2018, le groupe whatsApp au nom suffisamment écouteur constitué essentiellement d’ados du nom Rien que du sexe Ouaga tient sa première rencontre dans une villa du quartier huppé de la capitale, Ouaga 2000. L’heure du rendez-vous est fixée à 23 heures, C’est finalement à minuit que les jeunes prennent d’assaut le R+1 de couleur grise. Pour avoir accès à cette maison dont le rez-de-chaussée a été transformé en boîte de nuit, et l’étage en «baisodrome», il fallait décliner son identité pour avoir droit à un badge où était inscrit son prénom. Nous avons infiltré le groupe en mai de la même année avec le pseudonyme «Maya, élève de 1re», notre silhouette frêle se fondant facilement dans la masse, composée essentiellement d’adolescents. C’est au rez-de-chaussée que le show se passe. Les garçons sont sapés comme jamais, les filles sont «sexy».  On a l’impression d’être à une soirée de nudistes. Les «meufs» sont presque nues. Enveloppées dans des robes transparentes et courtes, des décolletés, qui laissent apparaître «du monde au balcon», ou encore dans des pantalons shorts blessés, elles laissent voir certaines parties de leur corps pour aiguiser l’appétit des jeunes mâles. 

 

Dans la boîte, la lumière est si tamisée que l’on reconnaît à peine son interlocuteur ou son partenaire de danse. Dans cette pénombre où se retrouvent «des mineurs dans les bras des non-majeurs», comme qui dirait, les «sons» les plus joués correspondent aux objectifs de la soirée : du zouk langoureux mais aussi de la musique made in Cameroun aux paroles suggestives, «le piment dans la sauce», «coller la petite», «Tchiza», …tout cadre avec une soirée de partouse !

 

Sans gêne, les uns se collent proprement aux autres. Les filles se trémoussent comme des diablesses. On a l’impression qu’ils se connaissaient depuis belle lurette. Et pourtant, ce n’est pas le cas, soutient Fadil qui dit avoir intégré le groupe par le truchement d’un cousin qui n’est pas dans ce groupe. Cela n’empêche pas le jeune Fadil de se frotter aux jeunes inconnues et de leur faire des propositions indécentes. Pour lui, tout ceux qui sont là savent pourquoi ils y sont, «donc il n’y a pas de quoi avoir honte». 

 

 

«C’est de toi seulement que j’ai envie ce soir»

 

 

Installée dans un « coin », nous tentons de nous faire discrète lorsqu’un jeune, âgé d’à peine 18 ans, nous interpelle : «Eyiiiiiii Mayaaa, enfin je te retrouve, tu te fais tellement discrète dans le groupe. Je t’ai reconnue par tes lunettes. C’est de toi seulement que j’ai envie ce soir, tu veux qu’on monte (NDLR : au 1er) pour faire connaissance ?», nous lance-t-il sans vergogne, une clope à la main. «Je suis avec Steeve (NDLR : un nom que nous avons retenu dans le groupe», avons-nous rétorqué. N’ayant pas pour intention de lâcher prise, l’inconnu nous informe que Steeve est en haut avec une autre «go». «En plus c’est une partouse, chacun «fuck» comme il veut et avec qui il veut», nous fait-il remarquer. Il tient mordicus à ce que nous l’accompagnions en haut, dans le petit coin de luxure. 

 

Là, dans le salon, tout est mis en ordre pour éveiller les sens et ouvrir la voie du septième ciel. A gauche et à droite deux écrans plasma de 42 pouces fixés au mur diffusent en boucle des films X. Des matelas sont installés çà et là dans le couloir, et dans l’une des chambres, Steeve est effectivement non pas avec une «meuf» mais deux. L’une des deux est à genoux au pied du lit, difficile de l’identifier puisque les tresses longues de couleur rouge qu’elles portent recouvrent son vissage enfoui dans le pantalon à moitié baissé de Steeve. Ce dernier, assis confortablement au bord du lit, est massé par l’autre go (toute nue) qui s’enivre et enivre Steeve avec la fumée de chicha dont elle tient le tuyau. Cette dernière est visiblement dans les «vibs» puisqu’elle ne s’est même pas gênée de notre présence. Dans la chambre voisine, c’est la même scène sauf qu’au lieu d’un couple, pour ne pas dire un trio, c’est quatre groupes qui s’adonnent à la fornication dans les quatre coins de la pièce sans éprouver de gêne avec les gémissements et les cris d’extase des partouzards. «Chacun bouffe le haricot qui est devant lui» comme dit un proverbe bien de chez nous. C’est Sodome et Gomorrhe sur Kadiogo ! 

 

Notre soupirant qui porte le nom «Karl» sur son badge n’en perd pas une miette : «c’est la fête, chacun s’amuse avec qui il veut». Pour que la situation ne nous échappe pas, nous redescendons rapidement. Une minute d’attention a été demandée par un jeune homme, visiblement le plus âgé de ce groupe puisqu’on l’a même surnommé le doyen (Il a 25 ans). Micro en main et dans ses basquettes lumineuses, il lance : «Bienvenue à vous tous à cette première rencontre, l’objectif est que les gens puissent mieux se connaître et s’amuser. Je sais qu’il y a des gens qui se sont déjà rencontrés et ont même déjà lal (NDLR : couché ensemble) ; ce qui est bien mais c’est pour renforcer encore plus les relations que nous sommes là. Nous sommes une famille. Donc bonne soirée et n’oubliez pas de vous protéger, il ne faudrait pas devenir papa et maman avant l’heure». Tous éclatent de rire et la musique reprend de plus belle. Et pour ceux et celles qui ne seront pas satisfaits, le doyen les a invités à prendre contact avec lui «je suis au 1er» a-t-il indiqué. «C’est le boss ici ?» demandons-nous à notre «partenaire» autoproclamé. «Je ne sais pas dehhh». «Et pourquoi il dit à ceux qui ne seront pas satisfaits de le rejoindre ?». «Ahhhh tu poses trop de questions t’es une disciple de Navaro ou tu veux devenir journaliste ? Laisse ça et puis tu viens on va danser». Nous acceptons à condition qu’il raconte tout ce qu’il sait. Comme un perroquet, Karl l’ouvre effectivement dès que nous entamons la danse sur la chanson «Coller la petite» de l’artiste camerounais Franco. 

 

A l’en croire, le doyen est étudiant, c’est lui qui aurait créé le groupe et n’y intègre que les lycéens. Selon Karl, il est en contact avec des «gourous» du pays. D’après notre cavalier d’un soir, l’initiateur de ce club fermé que nous avons infiltré fait du proxénétisme aussi. Il mettrait des filles et même des garçons en contact avec ces «mogos puissants» qui veulent donner libre cours à leurs fantasmes avec des «crudités» (NDLR : des jeunes). Et ce serait l’un d’entre eux qui a mis à sa disposition la baraque transformée en lupanar. Cette fête serait juste la partie cachée de l’iceberg puisque son objectif est de pouvoir créer un climat de confiance et détecter les «bombasses» à recruter pour son «activité» de proxénétisme selon Karl. Avant que nous terminions la danse, la salle était embaumée de parfum de cigarette, de drogue qui picote les yeux et fait éternuer, et de tout ce qui peut faire cracher les poumons d’un novice en la matière. Ce fut notre cas, et on a vite quitté le fumoir.

 

Dans le jardin, ce n’est pas non plus tranquille : un groupe de quatre jeunes dont une fille installée sur le gazon siffle une poudre blanche étalée sur un morceau de miroir. Ici c’est du dur manifestement. De la cocaïne, de l’héroïne ? allez savoir ! «Doucement hein, il ne faut pas compter sur nous pour te ramener chez toi», prévient une voix chaude. La fille, quant à elle, semble avoir déjà pété un câble. Elle se lève brusquement et commence à se déshabiller. «J’ai chaud» lance-t-elle aux trois autres dont l’attention est plus portée sur le miroir qui ne contient plus grand-chose. Personne ne s’en préoccupant, la jeune fille balance à terre son haut épinglé d’un badge au nom de Sadia et se retrouve au pied d’un arbre fruitier ou elle rend le contenu de son estomac, dans l’indifférence totale de ses compagnons, sans doute déjà défoncés. Après un vomissement bruyant et apparemment douloureux, elle prend soudainement conscience de sa nudité (soutien-gorge rouge et jupe repliée jusqu’à la taille, laissant voir son slip noir), elle réajuste sa jupette et finit par retrouver son haut après avoir déclenché son radar visuel dans tous les quatre coins du jardin. 

 

«Vas te faire fuck, j’ai été le premier» ; «tu ne peux pas me devancer» ; «même s’il elle a dix mecs, moi aussi je vais lal avec elle», des échanges obscènes qui attirent notre attention et nous ramènent à nouveau dans la boite. Là comme dans un documentaire animalier, deux males, en rut, se battent pour une femelle.  Le doyen immédiatement alerté descend de sa tour et porte sa casquette de juge. «Qu’est-ce qui se passe ici ?» tonne-t-il méchamment. Personne ne bouge ni ne dit mot, la musique est coupée, on aurait pu même entendre les mouches voler s’il y en avait. Et la fille s’avance et, sans la moindre pudeur laisse échapper : «doyen, ils veulent tous lal avec moi et m’ont dit de choisir. J’ai choisi IB parce qu’on WhatsApp ensemble depuis deux semaines. Alors lui, il vient dire qu’il veut aussi, j’ai dit non, et il commence à faire la bagarre», détaille la jeune fille qui a 15 ans. Ayant écouté la partie plaignante, le doyen, ou si vous voulez le président du tribunal, livre son verdict : «Cette fête c’est pour s’amuser et non pour se battre. «Mec, trouve-toi une autre meuf !» ; la condamnation est sans appel.  La queue entre les jambes, au propre comme au figuré, le prétendant de cette partie de jambe en l’air prend la porte et la «teuf» (verlan de fête, a-t-on fini par comprendre) reprend. 

 

Après cette altercation, on en a eu pour notre compte.  Nous décidons de quitter la villa même si ce n’est qu’à cette heure (02h du matin) que d’autres participants à ces orgies sexuelles s’amènent. 

 

 

 

Extrait de l´article de l´Observateur Paalga.

 

 Image d´illustration pris sur le net

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