Société

Une école détruite par des populations à cause d'un différend entre les villages au Burkina...

L’école primaire de Moaga dans la province du Ganzourgou en construction qui devait remplacer l’école sous-paillote en place depuis 2012, a été détruite le 20 novembre 2018 par une foule en colère, à cause d’un différend coutumier entre les communes rurales de Zoungou et de Boudry.

 

L’école de Moaga, un hameau de culture du village de Wada dans la commune rurale de Zoungou a été détruite le 20 novembre 2018 par une foule en colère venue des villages de Nédogo et environnants, dans la commune de Boudry voisine. Le haut-commissaire de la province du Ganzourgou, Robert Zoungrana, accompagné des forces de défense et de sécurité s’est rendu sur les lieux le même jour pour constater de visu les dégâts.

Moaga a depuis 2012, une école sous paillote.  En cette année scolaire 2018-2019, l’école compte trois classes (CP1, CE1 et CM1) avec un effectif de 63 élèves. Dans le cadre du programme présidentiel qui veut résorber les classes sous paillote d’ici à 2020, la commune de Zoungou a obtenu un financement du Fond permanent pour le développement des collectivités territoriales pour la construction de trois salles de classes, un magasin et un bureau à Moaga. 

Les travaux ont été confiés à l’entreprise HYCRA Services. Avant, le démarrage des travaux, la mairie de Zoungou a tenu à sensibiliser les populations de Moaga. 

Selon le Chef de Moaga, après cette sensibilisation, les gens de Nédogo ont envoyé une personne lui dire de faire arrêter les travaux à cause du différend qu’il y a entre Boudry et Zoungou. Pour eux, il n’appartient pas à la commune de Zoungou de construire une école à Moaga. Et pour la mairie de Zoungou, l’école de Moaga depuis sa création dépend de la Circonscription d’Éducation de Base de Zoungou. Il est donc de son plein droit d’inscrire la construction de ses salles de classes dans son plan de développement. Et plus, l’école étant une infrastructure sociale, elle n’a pas de frontières.

Que nenni ! les travaux ont démarré le 09 novembre 2018, selon Kolani Bissamoni, le chef de chantier de nationalité togolaise. Les travaux étaient déjà avancés et le matin du 20 novembre, les ouvriers exécutaient de petits travaux attendant des planches pour achever le coffrage de la longrine. C’est alors qu’aux environs de 9h50, ils voyaient une file de plus de quatre-vingts motos se diriger vers eux. 

Kolani raconte : «Nous étions sur le chantier ce matin quand soudain, nous voyions une grande foule de personnes armées de fusils, de machettes et de gourdins venir vers nous à bord de motos. Lorsqu’ils sont arrivés sur le chantier, un d’entre eux nous a demandé si quelqu’un ne nous avait pas dit d’arrêter la construction. Nous avons répondu par la négative et il a fait signe à la foule qui s’est emparé de nos outils de travail (pioches, pelles…) et s’est mis à démolir ce que nous avions construit. Nous avons assisté impuissant à la casse ». Le constat est effectivement désolant. Des briques cassées, des fers arrachés et tordus, un bassin d’eau réduit en un tas de gravats…

Quant à El Hadj Lassané Soudré, un riverain du chantier, il dit avoir aperçu la foule armée depuis sa maison. Pour éviter tout affrontement, il a préféré les observer de loin faire leur besogne. Ce n’est qu’après leur départ qu’il est venu constater les dégâts. Il dit ne pas comprendre ces agissements car ceux de Nédogo avaient donné leur accord pour la création de l’école et depuis il n’y avait pas de problème. 

Mathias Sawadogo, un enseignant qui loge dans la cours de El Hadj Soudré dira la même chose. Il avoue comme bien d’autres témoins de la scène avoir eu la plus grande peur de sa vie. «J’avais fait mon sac et je m’apprêtais à fuir les lieux» confesse l’enseignant, ayant pensé de prime à bord aux djihadistes qui attaquent les écoles. Il a expliqué que depuis 2012, année d’ouverture de l’école de Moaga, l’école est sous paillote. Les enseignants peinent avec les élèves sous ces abris précaires réalisés par les parents. Les intempéries et les reptiles sont le quotidien des élèves qui ne tardent pas à abandonner les classes.  «Nous nous sommes réjouis cette année quand nous avons vu la construction des classes démarrée. Mais cette joie a disparu ce matin faisant place à la frayeur » a-t-il indiqué.

Les témoins se sont indignés du fait de la présence de chefs coutumiers parmi les casseurs. Pour eux c’est la preuve que c’est un acte qui a été savamment préparé par ceux de Nédogo appuyés par les villages environnant qui relèvent de la chefferie traditionnelle de Nédogo. Par conséquent, il ne fallait pas risquer en essayant de s’interposer.

Le haut-commissaire Robert Zoungrana et sa délégation ont constaté les dégâts, encouragé les enseignants et les ouvriers et rendu une visite de courtoisie au chef de Moaga avant de regagner Zorgho, chef-lieu de la province. Pour lui, c’est un acte de vandalisme qui ne saurait être toléré, car, il est inadmissible qu’à l’heure où le président du Faso lutte pour résorber les classes sous paillote, des individus rament à contre-courant. Il a indiqué qu’une enquête sera ouverte afin de débusquer tous ceux qui sont impliqués dans cette affaire et chacun répondra de ses actes devant les juridictions compétentes. 

A la source du problème

Moaga est un hameau de culture du village de Wada. Wada, Kuilkanda et Kuilmasga sont trois villages qui dépendent administrativement de la commune de Zoungou mais répondent coutumièrement de la chefferie de Nédogo, village de la commune de Boudry. Depuis mars 2017, une crise née de la perception des taxes sur le ramassage des agrégats dans ces trois villages oppose la commune de Boudry à celle Zoungou. La première estimant que ces villages relevant coutumièrement de Nedogo, c’est à la commune de Boudry de percevoir les taxes sur les agrégats ramassés dans ces localités. Et plus, ils estiment que ces villages ont été frauduleusement rattachés administrativement à Zoungou et par conséquent, ils demandent le rattachement des trois villages à la commune de Boudry, à défaut le déguerpissement des résidents de ces villages qu’ils accusent de détourner les frontières de leur commune.

Quant à la commune de Zoungou, elle argue que les villages en question sont rattachés administrativement à Zoungou depuis son érection en département en 1987. Elle ne remet pas en cause les limites de l’autorité coutumière du chef de Nédogo mais voudrait que ces limites coutumières ne soient pas confondues aux limites administratives. 

Ces tractations ont amené le ministère de l’administration territoriale a envoyé une mission à Zorgho, chef-lieu de la province u Ganzourgou en janvier 2018 qui s’est entretenu avec les deux parties en présence du haut-commissaire. À l’issue de ces échanges, le commissaire avait pris un décret suspendant le ramassage du sable dans les villages sus cités. 

Source AIB 

topinfoplus.com 

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