Société

Aziz Korogo: "j'ai failli démissionné après le putsch..."

Témoignages du commandant Aziz Korogo dans le procès du coup d'Etat de l'ex RSP, rapporté par le quotidien l'observateur Paalga .

 

🔹En tout cas, le Général DIENDERE nous donnait des ordres. En quelle qualité ? c’est le Colonel Major KERE, Chef d’Etat Major Particulier de la Présidence à cette époque, qui pourra le dire.

🔹Lors du désarment j’ai été menacé par le soldat ZONGO Amadou

🔹Le RSP n’avait aucune cartouche à YIMDI, c’était une soute nationale du Burkina

 

Calendrier du trentenaire, qui  commandait l’unité d’élite chargée d’assurer la sécurité 

du Président du Faso, le 15 septembre 2015 et jours suivants

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« Monsieur le Président, je voudrais avant toute chose, présenter mes sincères excuses au Président #KAFANDO pour avoir échouer concernant sa protection. Ceux-là même qui avaient pour mission de le protéger, c’est eux qui l’ont pris en otage. Qu’il sache que je n’ai jamais ordonné, participé ni contribué à aucune arrestation. 

Monsieur le Président, le 16 Septembre 2015, c’était un jour de conseil des ministres. Je suis arrivé à mon bureau vers 8h. Aux alentours de 11h, je suis sorti pour une course personnelle, notamment aller voir mes ouvriers. 

Quittant là-bas, il était déjà l’heure du déjeuné : 14h. Je suis donc rentré chez moi.

Quelques temps plus tard, je reçois un appel du #Général_DIENDERE.  Il demanda ma position et me dit de venir le voir que « c’est urgent ». J’ai appelé mon chef, le colonel KERE (Ndlr Chef d’Etat Major Particulier de la Présidence du Faso au moment des faits). Ce dernier m’a dit d’aller. 

Monsieur le Président, je rappelle que je n’étais pas au pays. Je n’ai même pas assisté à l’insurrection populaire. 

Le 7 Septembre 2014, j’ai quitté le Burkina pour un stage à l’école de guerre de Yaoundé au #CAMEROUN. Je suis revenu le 19 juillet 2015 où j’assurais le commandement du groupement d’intervention et chef de corps adjoint au RSP. 

Après que le chef de corps, #Céleste_COULIBALY, fut envoyé pour faire un stage à l’école de guerre de Paris, j’assurais de façon intérimaire le poste chef de corps avant d’être nommé officiellement par un décret, le 1er Septembre 2015 soit 15 jours avant le coup d’Etat.

 

C’était une parenthèse.

Après l’appel du Général DIENDERE, ce 16 Septembre 2015, j’ai démarré pour me rendre chez lui. A peine arrivé vers l’#ASECNA qu’il me rappelle me disant de repartir au camp et de sonner l’alerte pour une rencontre avec les officiers du corps. Avant que le Général m’appelle, j’avais reçu un appel du #colonel_KERE me demandant se qui se passait au camp. Je lui ai répondu « RAS ». 

J’ai reçu après un autre appel et c’est a ce moment là j’ai commencé à savoir qu’il y avait quelque chose. J’ai appelé les officiers qui étaient au camp notamment le #lieutenant_GORGO et le #lieutenant_DIANDA mais je n’ai pas eu plus que je savais. 

Arrivé au camp, j’ai convoqué tous les officiers et c’est là j’apprends de façon informelle « qu’il semble que ce sont nos propres éléments  qui avaient fait irruption au conseil des ministres et ont pris en otage le PF et autres ». J’ai ordonné de joindre l’officier responsable du GUS, le #Capitaine_DIANDA. C’est dans ces échanges que le cortège du Général arriva. Nous étions au niveau du PC Central. Il avait une sécurisation particulière. Il est descendu, accompagné par deux éléments. L’adjudant Chef NEBIE Moussa dit #RAMBO qui l’a accompagné jusqu'à la porte du bureau mais est resté dehors et le caporal #DAH_Samir qui lui est rentré. Je précise que ce dernier était armé.

Le Général DIENDERE prit la parole et nous demande de ne pas être offusqué car il ne nous avait pas prévenus. Il venait nous confirmer  que  le  conseil des ministres avait été effectivement interrompu et que  le Président du Faso, le Premier Ministre et autres ont été arrêté. 

Personnellement, j’étais resté « bouche B » car ce que je venais d’entendre était très grave. J’ai donc pris la parole pour demander la position de la hiérarchie et il m’a dit qu’il a même une rencontre juste après notre entretien.  

 

Peu de temps après, le Colonel  KERE est arrivé. Ils ont quitté le camp et sont revenus nous dire que la hiérarchie demande de libérer les otages. Su place je leur ai dis ceci : « si la hiérarchie n’est pas POUR, ça ne pourra pas tenir. Lâchez l’affaire ». Ils sont encore répartis là-bas.

Moi j’ai convoqué tous les officiers et je leur ai dis « l’heure est grave certes mais restez toujours militaires ». Pendant ce temps, j’ai appelé mon binôme, le commandant #DAMIBA. Je lui ai dis que je vais  démissionner car je ne pourrai supporter cela. Il m’a dit de faire attention, que c’est une décision dangereuse. Le capitaine DAO qui était à Bobo m'a dit la même chose. Ils m’ont préconisé d’attendre l’arrivé du Général et du Colonel KERE voir. 

Tard dans la nuit, le commandement est venu pour nous rencontrer. J’ai formellement interdit aux officiers de prendre la parole pour dire quoique ce soit. Que celui qui n’a pas toute la situation en main, ne dit rien. Mais le capitaine #ZOUMBRI et DAO n’étaient pas là lorsque je donnais cet ordre aux officiers. 

Lors de la réunion, le message clair du commandement et des sages était de libérer, sans condition, les otages.

Après la troupe a pris aussi la parole.  Les arguments avancés étaient entre autres : la gestion de la transition, Auguste BARRY, #ZIDA, vote… A entendre ça, la hiérarchie était dépassée. Ils disaient qu’eux ils pensaient que c’était en rapport avec les reformes du #RSP. Mais si c’est ainsi, eux ils n’ont plus rien à dire.

 Le Président Jean Baptiste OUEDRAOGO affirma que c’est le fait de laisser le pouvoir vacant qui le gène. Et les hommes, comme un refrain, ont répondu « on va assumer ». 

Après la réunion, la hiérarchie est repartie au #MDNA (ministère de la défense nationale). Le Général et le Colonel KERE également. 

Ils sont revenus nous trouvé au PC. C’est là que le Général DIENDERE nous a dit qu’il y aura une déclaration à lire. Nous étions au petit matin du 17 Septembre. C’était dans mon bureau. Les gens sortaient et rentraient, des militaires mais aussi des civils. Je me rappelle avoir aperçu le Colonel Abdoul Karim TRAORE (Ndlr : l’écrivain intellectuel), l’ancien Bâtonnier Mamadou TRAORE, Abdoul Karim de PERFECTOM, le journaliste OUEDRAOGO Adama dit #DAMISS. 

Le lieutenant ZAGRE avait été choisi pour lire. Par qui, je ne sais pas. C’est le matin, j’ai vu le colonel #BAMBA. Qu’est-ce qui s’est passé ?  sincèrement je ne saurai répondre. 

 

Au rassemblement du 17, j’ai donné l’ordre de faire rentrer tout moyen roulant et j’ai décrété le quartier consigné. Aucun soldat RSP ne devait être vu en ville. Le même 17, j’ai appelé le colonel Major #MONNE pour lui donné ma position et j’ai dis que j’allais démissionné. Il m’a dit qu’ils avaient été très clairs également avec le Général DIENDERE. Que de rester sur place pour aider le commandement  à régler cette crise. Qu’il faut quelqu’un sur place pour maîtriser les hommes. 

 

Le 18, c’était là mission aéroport. C’est moi qui coordonnais l’arrivée et l’escorte des chefs d’Etats étrangers.  Ce même jour,  j’ai fais le compte rendu au colonel KERE de la réticence de certains éléments. Je lui ai demandé de dire au Général DIENDERE lui-même de venir car comme c’est lui ils sont allés chercher, peut-être qu’ils vont l’écouter. Il est effectivement venu ce jour-là pour s’adresser à la troupe, leur demanda de garder le calme et d’accepter les ordres du commandement. 

 

Le19 Septembre, le Général DIENDERE m’informe que le Président #Macky_SALL  souhaite rencontrer la troupe. Ce même jour, mon chef KERE m’instruit d’organiser une mission de récupération de matériels de maintien d’ordre à la frontière du Togo sur demande de la Police. Ce fut essentiellement mes tâches ce jour là.

 

Le 20 Septembre 2015 dans la matinée, j’ai reçu l’information d’éventuelle trouble devant L’#HOTEL_LAICO. J’ai instruis l’officier d’intervention, le Capitaine ZOUMBRI pour qu’il parte voir. J’ai appelé le Chef d’Etat Major de l’Armée de terre et par la suite, la gendarmerie a pris la situation en main.

 

Le 21 Septembre, dans la matinée, j’ai appris que nos frères d’armes descendaient sur Ouagadougou pour nous attaquer. J’ai donné l’ordre aux hommes de rester au camp pour occuper les points sensibles. C’était une stratégie pour moi de les maintenir sur place. 

Dans la foulée, le commandant Evrard SOMDA et moi sommes rencontrés au camp Sangoulé LAMINZANA pour dialoguer. 

Nous sous entendu que l’armée allait se retirer à  une distance de 5Okm de la capitale et le RSP allait accepter de libérer les otages, accepter de se soumettre aux CMEGA et  engager le processus concernant les reformes (sa dissolution). Le PM ZIDA a été libéré à cet effet. 

Il y a eu plein de rencontres et je revenais rendre compte au Général DIENDERE et au colonel KERE. 

 

Le 25 Septembre 2015, le Chef d’Etat Major de l’armée de terre est venu au camp rencontrer la troupe au carré d’armes. Le sujet principal c’était la sécurité des soldats ainsi que leur famille. Il y a eu des promesses de protection et le même jour, le désarmement a commencé. Mais entre temps il y a eu un blocage, des éléments s’opposaient car ce même jour, nous avons appris que le RSP était dissout. Les éléments qui s’opposaient c’étaient entre autres KOUSSOUBE,  ZERBO,...

j’ai même été menacé par le soldat  ZONGO Amadou qui m’a dis ceci : « Mon commandant, aucun matériel ne sortira. Bougez sinon je vais tirer ». C’est là je lui ai dis : « Si tu tires, assures-toi de ne pas me rater car moi je ne vais pas te rater ».

J’ai fais le compte rendu au commandement et j’ai demandé 48H pour régler le problème. Ils me l’ont accordé et le 28 le désarment a alors repris.

Mais je crois qu’ils ont cru que c’était une stratégie tactique de notre part pour mieux nous préparer. 

le 29, vers 4H du matin, les positions du RSP étaient attaquées. J’ai appelé individuellement les officiers de quitter le camp et ensuite j’ai contacté  le commandement pour leur dire que ma sécurité n’était plus garanti. Ils m’ont dit de me mettre à l’abri et ensuite de me rendre dans mon corps d’affectation. J’ai donc quitté.

Voilà ce que je peux dire Monsieur le Président ».

 

A la question du Président du Tribunal à savoir si l’accusé connaissait le Général DIOMANDE, Chef d’Etat Major Particulier de la Présidence de Côte d’Ivoire et s’il a échangé avec ce dernier, au moment des faits, l'accusé  répond : « Je connais le Général #DIOMANDE. Nous avons eu des rapports amicaux et professionnels. Je l’ai appelé carrément après les événements. C’était pour qu’il puisse m’aider a exfiltrer ma famille. Mais après j’ai changé d’avis. Je lui ai juste sollicité une aide. Je l’avais même mis en contact avec une connaissance en côte d'ivoire mais je n’ai jamais reçu cette aide car j’ai été arrêté juste après ».

 

🔴Président du Tribunal : Pouvez-vous nous parler de la mission au niveau de la place de la nation ?

▶️Aziz KOROGO : J’ai reçu une information  sur une menace en ce lieu. La place de la nation est un espace militaire. L’objectif de cette mission c’était d’empêcher tout rassemblement (pro comme anti putsch) pour éviter un affrontement entre les manifestants.

 

🔴Président du Tribunal : Qui vous a envoyé cette information ?

➡️Aziz KOROGO : Le Général  DIENDERE. Mais je rendais compte au Colonel KERE avant toute action et/ou à la moitié de l’exécution de la mission. 

 

🔴Président du Tribunal : En quelle qualité, le Général DIENDERE vous donnait ces ordres ? 

➡️Aziz KOROGO : Je ne saurai le dire. Monsieur le Président, lorsque moi je quittais le pays, le Chef d’Etat Major Particulier de la Présidence c'était le Général DIENDERE, le chef de corps c’était le Major KERE et son adjoint c’était le Lieutenant Colonel ZIDA.

A mon retour, le GENERAL est hors circuit, le Chef de corps est Chef d’Etat Major de la Présidence et le lieutenant colonel  ZIDA qui était l’adjoint est devenu Premier Ministre et ministre de la défense.  Vraiment, la situation, moi je ne maitrisais pas tout les contours. 

Moi, mon chef c’était le Colonel KERE. Je lui rendais compte de tout. En tout cas, le Général DIENDERE nous donnait des ordres. Mais en quelle qualité, c’est le Colonel Major KERE, Chef d’Etat Major Particulier de la Présidence à cette époque là, qui pourra le dire.

 

🔴Président du Tribunal : Que savez-vous sur les incendies des domiciles du feu Salifou DIALLO, Safiatou LOPEZ ainsi que de l’attaque de YIMDI ?

➡️Aziz KOROGO : Je ne sais rien de ces incendies. Cependant concernant YIMDI, c’est moi j’ai donné l’ordre au lieutenant ZAGRE de s’y rendre car j’avais eu des infos que la soute a munition avait été attaquée par des individus non encore identifiés. Il y avait même eu  un mort (un élément du RSP). 

J’ai agi ici d’initiative car depuis 2011, le RSP faisait partie de l’équipe qui assurait la sécurité de cette zone. Je profite rappeler que le RSP n’avait aucune cartouche à YIMDI, c’était une soute nationale du Burkina.

 

🔴Président du Tribunal : Merci commandant KOROGO. La parole est au Parquet militaire pour ses questions et observations

 

Source l'observateur Paalga 

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